Les Marassa : les jumeaux divins du vodou haïtien
Ils ne sont pas des ancêtres mais des enfants, et c'est de là que vient leur puissance. On les sert en double, et l'on n'oublie jamais la part du troisième.
Dans une cérémonie vodou, on salue d'abord Papa Legba, qui ouvre la barrière. Juste après viennent deux enfants, parfois trois. Les Marassa ne sont pas des ancêtres ni des guerriers : ce sont des jumeaux, et le vodou haïtien tient leur enfance pour une puissance. Voici qui ils sont, et pourquoi on les sert en double.

Qui sont les Marassa ?
Les Marassa sont les jumeaux divins du vodou haïtien. On les compte parfois à trois, sous le nom de Marassa Twa. Ils occupent une place à part parmi les lwa : ils ne sont pas des ancêtres mais des enfants, et l'on tient que leur puissance vient précisément de là.
Dans les traditions du golfe du Bénin comme en Haïti, la naissance de jumeaux est un signe. Les jumeaux voient double : ils tiennent ensemble ce que les autres séparent, la vie et la mort, le visible et l'invisible. C'est pourquoi on les sert très tôt dans la cérémonie, souvent juste après Papa Legba, et qu'il faut les apaiser avant de servir les autres lwa.
« Les jumeaux voient double : ils tiennent ensemble ce que les autres séparent. »
Pourquoi on les sert en double, ou en triple
Tout, chez les Marassa, va par deux, ou par trois. On leur sert les offrandes en double ou en triple, dans des assiettes jumelles ou dans un plat à compartiments, et l'on n'oublie jamais la part du troisième, sous peine de jalousie.
Leurs mets sont ceux de l'enfance : du sirop, des gâteaux, du riz au lait, des fruits. Comme des enfants, on les dit capricieux et prompts à bouder. Un service qui commence par eux commence donc par les contenter.
Leurs couleurs
Les couleurs des Marassa sont le bleu pâle et le rose, celles de l'enfance. Elles figurent dans le tableau de notre article sur les couleurs des lwa du vodou haïtien.
Des hohovi aux Ibeji : les jumeaux sacrés d'Afrique et des Amériques
Le culte des Marassa prolonge la vénération des jumeaux au Dahomey et chez les Yoruba, où on les nomme hohovi et ibeji. La traite atlantique l'a porté jusqu'aux Caraïbes et au Brésil, où il a pris d'autres visages.
À Cuba, la santería honore les Ibeji sous le nom de Jimaguas ou Ibeyi, représentés par deux poupées jumelles. Au Brésil, le candomblé et l'umbanda les fêtent le 27 septembre : on prépare le caruru, plat de gombo, de crevettes séchées et d'huile de palme, et l'on distribue des sucreries aux enfants. Dans les deux pays, ils sont associés aux saints jumeaux Cosme et Damien.
| Nom | Tradition | Où |
|---|---|---|
| Hohovi | Tradition fon | Bénin |
| Ibeji | Religion yoruba | Nigeria, Bénin |
| Marassa (Marassa Twa) | Vodou haïtien | Haïti et diaspora |
| Ibeyi, Jimaguas | Santería | Cuba |
| Ibeji, Cosme et Damien | Candomblé, umbanda | Brésil |
D'un continent à l'autre, les jumeaux sacrés restent des enfants gourmands et espiègles, porteurs de chance, qu'on ne sert jamais sans douceur.
Conseil de pro
Cet article décrit une tradition religieuse vivante, pratiquée aujourd'hui en Haïti et dans sa diaspora. Le service des lwa se fait dans le cadre d'un ounfò, sous la conduite d'un oungan ou d'une mambo, et les récits, les couleurs comme les offrandes peuvent varier d'une maison à l'autre.
Pour aller plus loin
Retrouve les fiches des Marassa, des Ibeji et de Papa Legba dans le Codex, et notre article sur les couleurs des lwa du vodou haïtien.
Sources
- ◆Maya Deren, *Divine Horsemen: The Living Gods of Haiti*, Thames & Hudson, 1953.
- ◆Alfred Métraux, *Le Vaudou haïtien*, Gallimard, 1958.
- ◆Leslie G. Desmangles, *The Faces of the Gods: Vodou and Roman Catholicism in Haiti*, University of North Carolina Press, 1992.
- ◆Anne M. Platoff, « Drapo Vodou: Sacred Standards of Haitian Vodou », *Flag Research Quarterly*, n° 7, 2015.
- ◆Lydia Cabrera, *El Monte*, 1954.
- ◆Roger Bastide, *Le Candomblé de Bahia (rite nagô)*, 1958.
Questions fréquentes
Qui sont les Marassa dans le vodou haïtien ?
Les Marassa sont les jumeaux divins du vodou haïtien, parfois comptés à trois sous le nom de Marassa Twa. Ils ne sont pas des ancêtres mais des enfants, et l'on tient que leur puissance vient de là. On les sert très tôt dans la cérémonie, souvent juste après Papa Legba.
Pourquoi sert-on les Marassa en double ?
Parce que tout, chez les jumeaux, va par deux ou par trois. On leur sert les offrandes en double ou en triple, dans des assiettes jumelles ou un plat à compartiments, et l'on n'oublie jamais la part du troisième, sous peine de jalousie.
Quelles sont les couleurs des Marassa ?
Les couleurs des Marassa sont le bleu pâle et le rose.
Quel lien entre les Marassa et les Ibeji ?
Le culte des Marassa prolonge la vénération des jumeaux au Dahomey et chez les Yoruba, les hohovi et les ibeji. Aux Amériques, on retrouve ces jumeaux sacrés dans la santería cubaine (Ibeyi, Jimaguas) et le candomblé brésilien (Ibeji, fêtés le 27 septembre).