Sasabonsam ou Asanbosam : l'ogre akan qu'on appelle vampire
Un chasseur dans un kolatier, une voix tout près de lui, et deux noms pour la même peur.
Un chasseur grimpe dans un kolatier chargé de fruits. Il a laissé ses chiens à la maison. Il cueille, et soudain il entend : « Twa ! be ! kukuru ! kukuru ! hu ! pi ! » Un Sasabonsam se dresse devant lui. « Qui a cueilli mes noix de kola ? » Ce conte ashanti, publié par R. S. Rattray en 1930, met en scène l'ogre des forêts akan. Sur Internet, tu le croiseras aussi sous le nom d'Asanbosam, et presque toujours avec l'étiquette de vampire. Voici qui il est, et ce que vaut cette étiquette.
Qui est le Sasabonsam ?
Le Sasabonsam est un monstre des croyances akan, chez les Ashanti et leurs voisins du Ghana. En 1927, Rattray le décrit comme un être qui hante les forêts vierges les plus denses. Il est hostile aux humains, et passe pour l'ennemi particulier des vrais prêtres. Il a ses alliés : les sorciers, les abayifo, et les mmoatia, les petits êtres de la forêt.
Son nom porte déjà la menace. Rattray le rattache à bonsam, qu'il traduit par diable ou esprit mauvais. Quarante ans plus tôt, A. B. Ellis écrivait Sasabonsum et y voyait toute une famille de divinités locales, présentes dans chaque district, amies des sorciers et friandes de chair humaine. Dieu local pour l'un, monstre de chasseurs pour l'autre : le flou commence là.
Garde une chose en tête. Ellis et Rattray sont des Britanniques de l'époque coloniale, pas des Akan. Ce qu'ils ont noté est précieux, mais c'est leur regard, et les récits changent d'une région et d'une lignée à l'autre.
À quoi ressemble-t-il ?
Le portrait le plus repris est celui de Rattray en 1927 : un corps couvert de longs poils, de grands yeux injectés de sang, de longues jambes et des pieds tournés dans les deux sens. Il s'assoit sur les hautes branches d'un odum ou d'un onyina, le fromager, et laisse pendre ses jambes, avec lesquelles il lui arrive de crocheter le chasseur imprudent.

Onze ans plus tôt, le même Rattray donnait une autre version : une forme humaine, des jambes qui descendent jusqu'au sol, des crochets en guise de pieds, des dents de fer. Il ajoutait qu'il existe des sasabonsam mâles, femelles et petits, et que l'on appelle sasabonsam kyew, le chapeau du sasabonsam, un gros champignon qui pousse sur les arbres.
« Les chasseurs qui partent en forêt et dont on n'entend plus jamais parler passent pour avoir été pris par le Sasabonsam. R. S. Rattray, 1927 »
Et les ailes ? Elles ne figurent ni chez Ellis, ni dans les passages de Rattray que nous avons lus. On les trouve chez les sculpteurs. Osei Bonsu, sculpteur ashanti, a taillé des sasabonsam à visage humain, avec barbe, cornes, ailes de chauve-souris et longues jambes en spirale : le British Museum en conserve un, et le musée d'archéologie et d'anthropologie de Cambridge un autre, qu'il lui attribue. La notice de Cambridge voit dans cette figure un être en partie inspiré du diable chrétien, mais ancré dans les croyances ghanéennes.
Mary Kingsley, voyageuse anglaise, a cru le reconnaître sur les sentiers de nuit, du mont Cameroun à l'Ogooué, et lui prête un autre trait dans un livre de 1899 : un côté du corps sain, l'autre en train de pourrir. Tout dépend du côté que tu frôles.
| Source | Graphie | Ce qu'elle décrit |
|---|---|---|
| A. B. Ellis, 1887 | Sasabonsum | Forme humaine, couleur rouge, longs cheveux ; fromagers et terre rouge |
| R. S. Rattray, 1916 | Asasabonsam, sasabonsam | Forme humaine, dents de fer, crochets en guise de pieds |
| R. S. Rattray, 1927 | Sasabonsam | Longs poils, yeux injectés de sang, pieds tournés dans les deux sens |
| Osei Bonsu, sculptures | Sasabonsam | Barbe, cornes, ailes de chauve-souris, jambes en spirale |
| M. Bunson, 1993 | Asanbosam, asanbonsam | Rangé parmi les vampires d'Afrique |
Sasabonsam ou Asanbosam : un ou deux ?
Une seule figure, d'après tout ce que nous avons pu lire. Les textes anciens écrivent sasabonsam, asasabonsam ou sasabonsum. La forme Asanbosam, elle, vit surtout dans les livres anglophones sur les vampires : on la trouve en 1979 chez Georgess McHargue, puis en 1993 dans l'encyclopédie de Matthew Bunson. Nous ne l'avons trouvée ni chez Ellis, ni chez Rattray.
Certains sites et bestiaires récents en font deux créatures, l'une ailée, l'autre à crochets. Nous n'avons vu cette séparation dans aucune source ancienne. Le Codex garde pour l'instant une fiche Sasabonsam et une fiche Asanbosam, qui renvoient l'une à l'autre.
Pourquoi parle-t-on de vampire ?
La réponse est dans les mots. En 1916, quand Rattray écrit « vampires humains », il parle des bayifo, les sorciers, pas du sasabonsam. Les deux marchent ensemble : un proverbe ashanti dit que le sasabonsam, quand il va à des funérailles, loge chez une sorcière. Dans les passages anciens que nous avons lus, il attrape et il dévore. Aucun ne lui fait boire le sang.
Le mot arrive avec les ouvrages anglophones sur le vampire, du moins d'après ce que nous avons trouvé. Ils gardent ce qui frappe, l'arbre et les dents de fer, et ajoutent parfois un détail absent de Rattray : McHargue lui prête l'habitude de mordre le pouce de ses victimes. Le mot n'est pas absurde, mais il reste une traduction venue de l'extérieur. Pour d'autres figures qu'on range du côté des vampires, lis notre article sur les esprits caribéens plus terrifiants que les vampires, où tu retrouves l'obayifo, et la fiche d'Adze.
Du fromager akan au cotton tree de Jamaïque
Le nom a traversé l'Atlantique. En 1934, Joseph J. Williams relève en Jamaïque, en citant le romancier Herbert G. de Lisser, la croyance qui fait du ceiba, le fromager, la résidence favorite du Sasabonsam. Les écrivains de l'île l'ont gardé : Michelle Cliff lui fait balancer ses jambes du haut d'un fromager dans No Telephone to Heaven (1987), et Marlon James le loge dans le cotton tree dans The Book of Night Women (2009).
Nous n'avons pas trouvé de texte du XVIIIe siècle qui le nomme sur l'île. Mais regarde l'arbre : le bombax d'Ellis, l'onyina de Rattray, le ceiba de la Jamaïque. C'est le même, des deux côtés de l'océan.
Et dans La Légende de ROHO ?
Le Sasabonsam est l'un des quatre adversaires d'Ebandeli, le Tome I de la saga, avec Adze, Tokoloshe et Anansi, que le livre appelle Anasy. Le livre l'appelle le chasseur d'âmes, et on s'arrête là pour ne rien te gâcher. Le point de départ, lui, tient en peu de mots : « Le dernier Gardien est un vieil homme rajeuni par la malédiction qui rend les esprits à l'enfance. Il doit rendre chaque masque à un esprit devenu enfant. D'Éthiopie à l'Égypte antique. »
Pour aller plus loin
Retrouve les fiches du Sasabonsam, de l'Asanbosam, des mmoatia et d'Abonsam dans le Codex et ses 389 esprits, et les autres esprits akan sur leur page dédiée.
Sources
- ◆A. B. Ellis, The Tshi-Speaking Peoples of the Gold Coast of West Africa, Chapman and Hall, 1887, p. 34-37.
- ◆Mary H. Kingsley, West African Studies, Macmillan, 1899.
- ◆R. S. Rattray, Ashanti Proverbs, Clarendon Press, 1916, proverbe n° 56.
- ◆R. S. Rattray, Religion and Art in Ashanti, Oxford University Press, 1927.
- ◆R. S. Rattray, Akan-Ashanti Folk-Tales, Oxford University Press, 1930.
- ◆Joseph J. Williams, Psychic Phenomena of Jamaica, 1934.
- ◆Georgess McHargue, Meet the Vampire, 1979.
- ◆Michelle Cliff, No Telephone to Heaven, 1987.
- ◆Matthew Bunson, The Vampire Encyclopedia, Thames & Hudson, 1993.
- ◆Marlon James, The Book of Night Women, 2009.
- ◆Musée d'archéologie et d'anthropologie de l'université de Cambridge, notice d'une sculpture de sasabonsam attribuée à Osei Bonsu.
- ◆British Museum, sculpture de sasabonsam par Osei Bonsu, n° Af1935,1212.1.
Questions fréquentes
Qui est le Sasabonsam ?
Le Sasabonsam est un monstre des croyances akan du Ghana, chez les Ashanti notamment. Il hante les forêts profondes, s'assoit sur les hautes branches et laisse pendre ses longues jambes pour attraper les chasseurs. Il passe pour l'allié des sorciers et des mmoatia.
À quoi ressemble le Sasabonsam ?
Selon R. S. Rattray, il a de longs poils, de grands yeux injectés de sang, de longues jambes et des pieds tournés dans les deux sens. Dans une autre note du même auteur, il a des dents de fer et des crochets en guise de pieds. Les ailes de chauve-souris viennent des sculptures, comme celles d'Osei Bonsu.
Sasabonsam et Asanbosam, est-ce la même créature ?
D'après les sources que nous avons lues, oui. Sasabonsam, asasabonsam et sasabonsum sont les formes des textes anciens. Asanbosam est surtout la forme des livres anglophones sur les vampires. La séparation en deux créatures n'apparaît que dans des bestiaires et des sites récents.
Le Sasabonsam est-il un vampire ?
C'est l'étiquette que lui donnent les encyclopédies modernes du vampire. Dans les passages anciens que nous avons lus, il attrape et dévore, sans boire de sang, et Rattray réserve l'expression vampires humains aux sorciers, les bayifo, qui sont ses alliés.