Skip to content
La Légende de ROHO

Le Livre

La Légende de ROHO

Tome I — Ebandeli

Quand le Souffle se divise, deux mondes naissent : NZA et NZI. Roho, jeune gardien choisi par les ancêtres, doit traverser les deux réalités pour retrouver les masques perdus et rétablir l'équilibre avant que l'oubli ne consume tout.

Premier tome d'une trilogie épique qui puise dans les mythologies de tout le continent africain, Ebandeli est une invitation à redécouvrir des récits millénaires à travers une aventure moderne.

Acheter sur Amazon
🏪

Retrait gratuit + cadeau surprise

Retirez votre livre chez un commerce partenaire et repartez avec un cadeau offert.

Choisis ton camp

Éditions signées limitées

Chaque exemplaire est signé à la main par l'auteur et numéroté. Deux ex-libris exclusifs, deux faces du Souffle.

400 / 400
Édition Gardien

Édition Gardien

Ex-libris Conseil Yirnrahine. La voie de la lumière, du serment, du gardien. Édition limitée à 400 exemplaires.

100 / 100 — RARE
Édition Molili

Édition Molili

Ex-libris Molili-Onyanka. La voie de l'ombre dévoyée, du fragment perdu. Édition rare limitée à 100 exemplaires.

Lequel reflète ton âme ?

Chapitre d'introduction

Les Sept Jours avant Timket

Le septième jour avant Timket, Axoum respirait comme une poitrine d'argile chaude. Les collines, ourlées de buissons d'aloès et de pierres rougeoyantes, buvaient la lumière. Du côté des monts Simien, là où la roche se fend en terrasses, on devinait les cicatrices d'un monde ancien. C'est là que s'ouvraient les sanctuaires taillés dans la montagne, des églises-souterraines comme des souffles pétrifiés, cousines des merveilles de Lalibela, mais plus secrètes, plus austères, sculptées dans une lave devenue mémoire.

On descendait vers elles par des gorges étroites où la poussière sentait le café grillé et le bois résineux. Les parois portaient des croix gravées, des lions effacés, des spirales qui n'étaient ni tout à fait décor ni tout à fait prière. Au fond, la pierre s'ouvrait sur des nefs abruptes, soutenues par des piliers vivants, où la lumière n'entrait qu'en lames fines comme si le ciel, par pudeur, n'osait pas tout dévoiler. Le son des pas y devenait pensé ; et, quand vibrait le kebero, le tambour sacerdotal, on sentait le cœur des cavernes répondre.

Au marché d'Axoum, l'huile d'argan et la cardamome collaient à la peau des jarres. Les femmes tressaient, d'un geste sûr, des paniers qui semblaient être des écailles de lumière. Les hommes discutaient à l'ombre maigre des mimosas, la main posée sur la bouche, le regard tourné vers les stèles anciennes comme on veille une parenté endormie. Le vent passait, portant un parfum de miel et de fer, alliance du rite et du sang, du ciel et de la terre.

Le sixième jour, les prêtres sortirent les étoffes. On déploya des draps rouges et bleus brodés de fils d'or, et l'on répara les housses des tabots, les reliques sacrées de l'Arche. Ils reposaient, invisibles, aux creux d'autels secrets, mais leur nom seul rendait plus dense l'air des galeries. Dans l'une des églises de montagne Bet Kidus Mikael, disait-on, un enfant se signa en silence ; il prétendit entendre, derrière le mur, l'eau courir. Or il n'y avait, là, ni source ni gouttière. Seulement la pierre, et une respiration.

Le cinquième jour, on effaça les traces des pieds, on écarta les ronces, on aligna des pierres plates pour que les processions ne trébuchent pas. Au crépuscule, les sistrums parlèrent avec un bourdonnement de cigales, et la psalmodie monta, hiératique, comme un escalier. Dans les champs, les ânes dressaient les oreilles. Le ciel prit la couleur du café au gingembre, avec une pointe de lait, rumeur lente d'un soir qui s'installe.

Le quatrième jour, une poussière d'or sembla retomber sur Axoum. Les anciens dirent que ce n'était que le vent venu du Tigré ; mais certains racontaient qu'il s'agissait du battement d'ailes des anges contre la falaise. Les enfants se mirent à pourchasser la poussière comme après des lucioles, et les mères rirent, fatiguées.

Le troisième jour, dans l'église tranchée à même la montagne, l'encens prit une odeur d'herbe brûlée. Pourtant, la résine était pure. Lorsqu'on souleva un voile, la flamme d'une bougie se pencha de côté comme pour saluer. Un vieux diacre, aux yeux remplis de larmes, soupira : « Les signes sont polis et impatients ; ils cognent au bois comme un invité discret. »

Le deuxième jour, la ville fut sourde. On aurait dit qu'Axoum retenait son souffle. La rumeur des vendeurs s'éteignit tôt ; et la nuit, vaste, parut descendre sur les stèles avant de consentir à recouvrir les toits. Les chiens n'aboyèrent pas. L'ombre coula sans heurt, comme une huile ancienne.

Le dernier jour, celui que l'on appelle la veille de Ketera, les tabot quittèrent leurs niches, drapés sous leurs étoffes épaisses. On les porta jusqu'au point d'eau, au dehors de la ville, dans ce bassin que les herbes respectent. Les prêtres avançaient comme une marée blanche, et le peuple, derrière, ondoyait, lèvres serrées autour des hymnes. Le kebero battit bas un pouls de terre. Des milliers de pieds firent un seul pas. La montagne, attentive, replia ses ombres pour mieux écouter.

Là-haut, un souffle passa sur les églises taillées ; une vibration légère fit frissonner les piliers. Nul ne le sut, sinon la pierre. Mais, ceux qui gardaient les masques et ceux qui avaient juré de les perdre sentirent, au fond de leurs noms, un fil d'éveil.

Cette nuit-là, Axoum dormit peu. L'eau, plus noire que d'habitude, avait l'odeur des promesses. L'aube, disait-on, viendrait bénir les fronts ; mais une sensation, déjà, bénissait le silence.

Les brumes de l'aube rampaient encore, mais ici elles ne couvraient pas une colline anonyme : elles se lovaient autour des flancs de la montagne d'Axoum comme des chats de pierre. Les sanctuaires, taillés dans le basalte, dressaient leurs bouches carrées vers un ciel qui hésitait à naître. Au ras du sol, la poussière avait gardé mémoire du pas des processions ; on y lisait des cercles effacés, un alphabet de prières.

Sur la terrasse supérieure, un homme se tenait debout. Pieds nus, dos droit, regard plus ancien que sa fatigue. On l'appelait Roho, Gardien entre-deux chair et souvenir. Sa peau était une carte où la lumière savait où aller ; chaque ride traçait un chemin vers les galeries de Yirnrahine, et son souffle prenait la mesure des tambours qu'on n'avait pas encore frappés.

Il savait. Quelque chose, sous le vernis des chants, avait tremblé. Pas assez pour alarmer le peuple, assez pour inquiéter la pierre. Les masques, ces visages donnés aux forces, s'étaient mis à rêver trop fort, et le rêve, parfois, ronge la couture du monde.

En contrebas, les prêtres allaient et venaient, lourds de voiles. Le tabot dormait encore sous sa housse, mais son nom pesait sur l'air comme une main aimée. Roho ferma les yeux. La montagne respirait en lui ; le sel des parois lui tenait lieu de sagesse. Il pensa : « Le jour me demande de descendre ; la nuit me demande de rester. » Il sourit sans joie. Les demandes ignorent qu'elles en demandent trop. Alors il la vit. Nella, venue par le sentier où les figuiers boivent l'ombre. Sa tunique de lin recueillait les miettes du matin, et ses yeux mélancolie claire portaient la douceur de ceux qui savent écouter les pierres. Elle s'arrêta sans bruit, et le monde, par jeu, laissa passer un souffle.

« Bonsoir, Gardien » dit-elle. Le mot sonnait comme une eau calme.

Roho inclina la tête. Les salutations, à Axoum, sont des ponts ; on les traverse sans se presser. Ce fut d'ailleurs le moment que choisit le vent pour tourner. Il sentit un avertissement parcimonieux, une rumeur de fil qui craque. Quelque part, sous la nef d'une église taillée, l'air changea de taille. Il n'eut pas le temps d'éclaircir ce pressentiment. La lumière vibra imperceptible pour qui n'a pas connu la cendre des siècles et un battement, très loin, résonna comme un poing sur la porte d'un rêve. Le kébéro, qu'on n'avait pas encore touché, répondit tout seul par un écho bref. Nella leva le visage, comme si on venait d'effleurer son nom. Plus tard, on dirait que rien n'avait commencé ce jour-là. La montagne, elle, savait : parfois l'histoire prend appui sur une note qu'on n'entend pas.

Roho descendit lentement l'escalier de pierre. À chaque marche, son masque forgé pour tenir ensemble les mondes pesait d'un poids différent, tantôt plume, tantôt dette. La procession se formait déjà pour la veille de Ketera ; on allait mener l'Arche jusqu'à l'eau pour que l'eau se souvienne. Il croisa un enfant portant un encensoir ; la fumée écrivit sur l'air des lettres qu'il reconnut sans pouvoir les lire.

« Vous resterez pour l'aube ? » demanda Nella.

« Je resterai pour ce qui viendra avec elle », répondit-il.

La réponse lui parut honnête. Pourtant, alors qu'ils s'engageaient vers la vallée, un frisson coula entre les piliers. Les églises de la montagne serrèrent leurs ombres contre elles comme on serre un enfant. Au-dehors, Axoum faisait place aux chants. Au-dedans, les masques commençaient à chercher leurs visages. La nuit venue, quand le peuple dormirait d'un sommeil cousu d'hymnes, lorsque l'eau des bassins n'aurait plus de rides que celles des étoiles, un autre tambour plus ancien, plus grave appellerait la terre par son nom. Ainsi, ce que les hommes nomment malédiction serait, peut-être, une enfance retournée. Roho posa la main sur la pierre. Elle battait, ténue. Il se dit qu'il n'était plus temps d'être seulement un homme, ni seulement un mythe. Il lui faudrait être un passage.

Au loin, le chant monta. Le tabot s'ébranla, caché sous ses étoffes ; l'aube, comme un couteau doux, commença d'entamer la nuit. Nella, à ses côtés, avançait au pas des processions. En elle aussi, quelque chose se préparait : une clairière, un péril, une patience. Ainsi, à Axoum, la veille de Ketera, alors que l'on décrivait avec amour la beauté des églises taillées dans la montagne et que l'on polissait la joie de Timket, l'univers, discret, posait sa main sur la porte. Et, la porte, docile, commençait à s'ouvrir.

Les brumes de l'aube rampaient encore sur les flancs de la colline sacrée, s'accrochant aux pierres comme à des souvenirs qu'elles refusaient d'abandonner. Au sommet, la silhouette d'un homme se détachait dans la pâleur naissante du jour : un vieillard au regard d'éternité, dont chaque pas semblait peser du poids du monde. Ses pieds nus, tannés par les pèlerinages, reconnaissaient le sol comme un ancien frère.

Derrière lui, le sanctuaire se dressait, taillé dans la roche volcanique d'Éthiopie, immobile comme un dieu endormi. Là où les vents chantaient encore les prières des siècles passés, ROHO, dernier des Gardiens, achevait sa veille. Son souffle s'accordait au rythme des tambours du monde, et dans ses yeux s'allumait une lumière que seule la foi permet de défier la mort.

Il savait. Quelque chose s'était rompu. Les équilibres qu'il avait juré de préserver tremblaient, invisibles aux hommes, mais ressentis par chaque pierre, chaque racine, chaque étoile.

Au pied de la colline, le village s'éveillait dans la poussière rouge. Des enfants riaient, ignorant encore que les rires des innocents sont la dernière musique que les dieux écoutent avant le chaos. ROHO s'arrêta, le cœur serré. Le temps n'avait pas effacé la mémoire du petit garçon qu'il avait été celui que les anciens avaient choisi, arrachant à son enfance le prix de la sagesse.

Puis il la vit. Nella. Son visage semblait tissé de lumière et de nuit. Ses yeux portaient ce calme que seuls les êtres liés au mystère possèdent. « Bonsoir, Gardien », dit-elle avec la douceur d'un secret. Ces mots, simples et humains, frappèrent son âme comme une pluie après des années de sécheresse.

Mais l'univers, capricieux, n'accorde jamais la paix sans en demander le prix.

La Légende de ROHO

« Le monde qu'il affronte n'est que le reflet du chaos en lui. »

Une fantasy spirituelle inspirée de la mythologie africaine

Tomes à venir

Tome II

Le Feu Intérieur

Progression narrative40%
Tome III

Le Dernier Souffle

Progression narrative10%

Avis des lecteurs

Une plongée fascinante dans des mythes que je ne connaissais pas. Magnifique.

Lecteur Amazon

L'écriture est poétique et puissante. On sent le souffle des ancêtres.

Blog Littéraire

Enfin une fantasy qui puise dans nos racines africaines. Essentiel.

Lectrice Gumroad