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Le manifeste

Masapo, défini

Pendant des siècles, on a raconté les peuples noirs à la place des peuples noirs. À travers la souffrance, l'esclavage, la colonisation, comme s'il n'y avait rien eu avant. Et quand nous avions droit à des héros, ils naissaient rarement de nos propres mythes. Nos dieux, nos esprits, nos royaumes restaient des décors, jamais des mondes.

Je refuse ça. Et je refuse aussi d'emprunter le vocabulaire des autres pour le dire.

Le Japon a le manga. La Corée a le manhwa. La France a la BD. Chacun a un mot à lui pour nommer ses récits dessinés. Nous, non. On nous propose « afro manga », comme si nos histoires devaient être la version noire de celles d'un autre.

Alors je pose le mot qui manque.

Masapo

En lingala, masapo, ce sont les contes, les récits, les légendes. La même langue qu'Ebandeli. La langue de ceux qui, le soir, tenaient le monde debout avec des histoires.

Un Masapo, c'est un récit dessiné qui rend visibles les âmes, les esprits et les héros nés des panthéons afro-diasporiques. Il traite ces mondes spirituels comme réels et souverains, jamais comme du folklore décoratif. Et il le fait avec une grammaire qui lui appartient : le dya rendu visible, cette part d'âme et de double que la pensée mandé sait nommer, montrée sur la page à côté du visible ; le rythme du conte et la voix du griot dans la mise en page ; et le format vertical, celui qu'on lit dans la main, là où grandit notre jeunesse.

Le Masapo a une famille, et je la nomme sans la renier. L'afrofuturisme est son oncle, né dans la diaspora, tourné vers le futur et la machine. L'Africanjujuism d'Okorafor est sa tante, qui la première a dit que nos spiritualités sont réelles dans la fiction. Le Masapo leur doit beaucoup. Il ajoute ce qui leur manquait : un corps dessiné, une forme à nous.

Le Masapo n'est pas ma propriété. C'est une porte que j'ouvre. Le mot appartient à quiconque dessine nos âmes avec fierté et vérité, du continent à la diaspora. Je ne le commande pas, j'y contribue.

Voilà pourquoi ROHO existe, et pourquoi ce que ROHO donne à voir sera le premier Masapo. Pour que nos enfants ouvrent une page, se reconnaissent, rêvent, et soient fiers.

Ce n'est pas seulement une histoire. C'est un mot rendu à ceux à qui il appartient.

Make Africa Legendary.

Loudvic Salcède, créateur de ROHO.